J'ai eu l'occasion en ce début du mois d'avril d'assister à une conférence sur le viol (1) "La culture du viol", j'en ressors néanmoins peu satisfait, car j'attendais une réflexion de fond sur le sujet. Malheureusement par le format limité, il n'était pas possible aux conférencières de développer de nombreuses approches, dont l'approche anthropologique. Néanmoins, parlons des idées abordées lors de cette conférence.
Pourquoi parle-t-on de culture du viol? Souvent, les personnes ont en tête qu'une culture implique nécessairement des valeurs or ce n'est pas le cas (cf. définition du mot culture). On parle de culture du viol, car le viol dans notre société serait issu d'un apprentissage, qu'il est transmis, des personnes violent ou se font violer car elles ont été éduquées de telle manière que cela se fasse, et qu'en fonction des cultures et des époques, le viol était même une norme sociale. On y retient que les premières victimes avant les femmes sont de loin les enfants, que seuls un pour cent des violeurs sont condamnés, que ces violeurs sont très majoritairement des proches de leur victime, et qu'une grande partie de ces violeurs ont eux même eu des antécédents d'agression sexuelle. Plus surprenant, tous les terroristes connus en France ont en commun des antécédents d'agression sexuelle dans leur enfance. Le lien entre pathologie somatique et viol a aussi été très largement mis en évidence par l'une des conférencières, Violaine Guérin, médecin endocrinologue et gynécologue (2). Le corps s'exprime par différentes pathologies d'où l'importance d'un suivi thérapeutique pour toutes les victimes d'agressions sexuelles. Voilà 2h de conférence résumées, sans tenir compte des interventions non pertinentes de "féministes" (on en a à toutes les sauces!) totalement à côté de la plaque.
Cependant je regrette qu'il n'y ait pas eu suffisamment de développement sur les causes de viols, notamment chez les personnes n'ayant pas eu d'antécédents d'agression sexuelle bien qu'il s'agisse d'une minorité. Lorsque j'ai posé la question sur les causes, les conférencières pensent que cela serait dû à l'éducation, on n'apprend pas aux filles à dire "non" mais à se soumettre, mais apprenons-nous aux hommes à violer? Elles pensent aussi que c'est dû aux occasions, faut-il penser que dès qu'un homme en a la possibilité, violera la femme? Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un facteur suffisant non plus.
Je propose quelques questionnements et éléments de réponses, les causes étant évidemment multiples. Comment une personne peut-elle aller à l'encontre du consentement d'une personne? Il y a en effet une part culturelle. Je m'explique. Nous sommes dans une société hypersexualisée (3), non pas dans le sens de l'érotisme, mais de la domination barbare d'une personne sur une autre véhiculée par la pornographie, qui n'est qu'en fait qu'une projection d'une domination exacerbée du fort sur le faible, voire de l'homme sur la femme. Il est d'un constat que la pornographie est dans notre société une norme, une partie intégrante de la culture occidentale, en témoigne la présence d'actrices pornographiques en invité d'émissions de télévision à forte audience sous couvert de féminisme, ou encore la récurrence du thème de la pornographie dans un magazine culturel tel que Tracks. Parce que la pornographie représente la norme culturelle de notre société, tout comportement s'éloignant de ses codes devient donc anormal. A cause de ces normes une femme pourrait contre son gré accepter des pratiques sexuelles qu'elle n'apprécie pas car c'est la norme, et pire encore, un homme pourrait ignorer le refus de sa partenaire (ou victime) parce qu'une femme devrait avoir un comportement de (n'ayons pas peur de le dire) salope comme beaucoup d'autres.
En plus de l'hypersexualisation de notre société, l'infantilisation de la femme joue aussi un rôle prépondérant dans la culture du viol. La notion de viol implique la notion de consentement, le fait d'agir contre la volonté d'une personne. Il est évident dans toute culture que l'éducation passe par un rapport de force entre deux personnes, un maître et un élève, un parent et un enfant, une personne responsable et une personne qui ne l'est pas. Nous sommes tous confrontés dans notre vie, notamment dans notre enfance, à la réprimande qui, généralement justifiée par notre manque d'expérience et d'expertise, nous permet l'apprentissage de codes relatifs à notre société. Il faut rappeler que la société occidentale et bien d'autres sont patriarcales, l'homme détient l'autorité, prend les décisions, au point qu'il en devient presque naturel qu'un homme pense éduquer la femme irresponsable dans leur relation plutôt que de la violer, il ne s'en rend pas compte.
Et pourtant, il devrait y avoir un moment où l'homme devrait se dire "stop" face au refus évident de sa partenaire, mais cela ne se fait pas. Comment peut-il ignorer toutes les expressions de réticence, de refus et de détresse de sa partenaire? Je pense qu'il s'agit de toute évidence d'un défaut d'empathie, mais quelles en seraient les causes? Nous vivons dans une société de consommation qui n'est nulle autre qu'une société de désir, où toute chose est rendue désirable et doit s'obtenir. Un homme voit son accomplissement uniquement par la possession. La possession d'un homme, bien qu'elle ait toujours été un indicateur de son statut social, est dans la société actuelle devenue une obsession sans fin, on nous vendra toujours plus de produits et de mieux en mieux (4). Parce qu'il s'agit d'un acte répété depuis sa plus tendre enfance, l'homme est indubitablement conditionné à assouvir ses moindres désirs. C'est ainsi que son désir d'assouvissement prédominera les désirs propres à la personne convoitée, il fait donc obstacle au sentiment d'empathie. C'est ce qu'on appelle avoir trop d'égo, qui n'est en fait que la conséquence d'un égo insatisfait. Mais que se passe-t-il lorsqu'un homme ne peut posséder ce qu'il convoite? De la frustration (5), la frustration de ne pas se sentir normal, de ne pas être comme les autres et d'être rejeté par ses pairs, ou tout simplement la frustration par le manque, c'est ce sentiment, qui prédomine aussi sur l'empathie, et qui peut par exemple inciter au vol en dehors de la nécessité. Sachant qu'il est commun que des hommes considèrent leur nombre de conquêtes comme étant proportionnel à leur valeur, on peut comprendre comment la frustration sexuelle se développe chez certaines personnes au point de commettre l'irréparable, c'est-à-dire le viol. Malheureusement dans cette société hypersexualisée, où la femme accepte de plus en plus ce jeu de conquêtes de l'homme au nom de la liberté sexuelle et du "féminisme", l'homme ne remettra jamais en question son comportement machiste, ce qui ne fera qu'accroître le nombre de personnes mal dans leur peau et donc des potentiels agresseurs, au détriment de la femme et bien entendu de toutes les autres victimes d'agressions sexuelles. Je n'ai pas du tout la prétention de donner toutes les explications qui poussent l'homme à commettre ce crime, mais doit-on considérer tous les criminels comme l'expression d'une société malade? Ne sont-ils pas en conséquence eux-mêmes malades?
1- Définition du viol selon l'article 222-23 du Code pénal: « tout
acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur
la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise »
2- http://www.stopauxviolencessexuelles.com/wp-content/uploads/2013/10/medical-stop1.pdf
3- http://www.resilience-psy.com/spip.php?article87
4- https://www.youtube.com/watch?v=1JQE4YZS1Cg
5- http://www.philosophie-spiritualite.com/cours/societe4.htm
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